le Dimanche 25 janvier 2015

Société d’aménagement de la Rivière-aux-Sables

Saguenay coupe les vivres

Saguenay coupe les vivres à la Société d’aménagement de la Rivière-aux-Sables (SARAS) et ne versera plus la subvention annuelle de 245 000$ que l’organisme avait l’habitude de recevoir. De plus, la Ville éponge une dette de 200 000$ contractée par l’organisme sous forme de prêt et de marge de crédit.

Le tout a fait l’objet de discussions au comité exécutif le 19 décembre dernier.

Par le fait même, Saguenay s’engage à verser une somme finale de 6000$ pour permettre à la SARAS, un organisme sans but lucratif (OSBL), d’effectuer ses dernières opérations courantes, ce qui laisse présager que la corporation fermera les livres. Le retrait de la subvention survient quelques semaines après le paiement, par la Ville, d’un montant de 4000$ pour le remboursement d’une prime d’assurance.

Démissions

L’organisme fondé à la fin des années 70 a connu de bien meilleurs jours. Mais rien ne va plus à la SARAS depuis que tous les administrateurs ont démissionné l’un à la suite de l’autre en juin 2014.

Selon ce que nous avons appris, un projet de fusion avec le Camping Jonquière, mis de l’avant par la Ville, ne faisait pas l’affaire du CA autrefois dirigé par Lauréat Larouche. La Ville souhaitait créer une organisation bicéphale, mais les administrateurs de la SARAS n’étaient pas d’accord avec les orientations du camping, dont les dirigeants se sont retrouvés dans la mire de la Sûreté du Québec et des ministères du Revenu et de l’Environnement l’an dernier.

Si l’organisme était autrefois responsable de gérer plusieurs actifs à Saguenay, il en est tout autrement aujourd’hui. La SARAS ne s’occupe pratiquement que de l’entretien de certains tronçons de la piste cyclable à Jonquière et gère le poste d’essence du quai de l’Éperlan, à Lac-Kénogami. Des plaisanciers se sont d’ailleurs plaints, l’été dernier, après s’être butés à des réservoirs vides.

Depuis quelques mois, la SARAS est l’affaire d’un seul homme, le directeur général Claude Thibeault. Nous l’avons joint par téléphone pour discuter de l’avenir de son organisme. Il n’a pas voulu répondre à nos questions. Des citoyens ont relevé le fait que le directeur, qui touche un salaire d’environ 70 000$ par année plus avantages sociaux et bénéfices, conduit un camion appartenant à l’OSBL à des fins personnelles. Depuis la dissolution du CA, le DG ne relève de personne. Selon les critères définis par la Ville, la SARAS n’est pas une corporation municipale, même si son financement provient des coffres de Saguenay et que ses activités sont réalisées à partir d’un immeuble appartenant à la Ville.

Un nouveau président est nommé

Un nouveau président vient d’être nommé au conseil d’administration de la SARAS avec pour mandat de “régulariser la situation”.

Joint par téléphone, Jean-Sébastien Bergeron a paru surpris que la journaliste du Progrès-Dimanche soit au courant de la nomination, survenue il y a quelques jours à peine. L’avocat de la firme Simard Boivin Lemieux s’est montré vague au sujet du contexte entourant son accession à la barre de la SARAS, un organisme avec lequel il n’est pas familier.

“J’ai su qu’il y avait un problème là et qu’il fallait le régler. J’ai survolé les états financiers, mais je n’ai pas encore eu le temps de tout regarder en profondeur. Il va falloir s’asseoir et regarder tout ça”, a-t-il fait valoir.

Gouffre

Deux sources proches de l’appareil municipal avec qui nous avons discuté confirment que le déficit de 200 000$ accumulé par la SARAS est directement lié au transfert de la marina de Shipshaw à l’organisme il y a quelques années. Au départ, la SARAS ne voulait pas de la gestion de la marina, déjà aux prises avec des difficultés, et le CA jugeait qu’il s’agissait là d’une charge beaucoup trop grande pour un petit OSBL. Le comité exécutif, où siégeait Fabien Hovington, alors conseiller de Shipshaw, aurait imposé le transfert, forçant ainsi l’organisme a contracter un prêt. L’aventure s’est avérée un véritable gouffre financier pour la SARAS.

Conseillère responsable de Lac-Kénogami, Christine Boivin a tenté d’obtenir l’état de situation de cet organisme qui reçoit de l’argent public malgré le fait que son conseil d’administration ne siège plus depuis plusieurs mois. Elle explique que ses demandes sont demeurées vaines.

“J’ai demandé d’obtenir la convention de gestion qui lie la Ville à la SARAS et la description de tâches du directeur général. On m’a dit qu’étant donné qu’il n’est pas un employé de la Ville, on ne peut pas me donner d’information”, souligne-t-elle.

La représentante de l’Équipe du renouveau démocratique (ERD) affirme avoir reçu des appels de citoyens de son secteur qui se demandent pourquoi les équipements de la SARAS sont entreposés dans l’ancien garage municipal de Lac-Kénogami, un actif appartenant à Saguenay.

Selon l’élue, des employés municipaux sont également préoccupés par le fait que le directeur de la SARAS effectue des travaux d’entretien qui devraient, en théorie, être réalisés par des cols bleus.

La SARAS détient plusieurs véhicules et équipements, dont la valeur atteint des dizaines de milliers de dollars.

“Comment se fait-il qu’on ne vende pas tous ces équipements pour éponger la dette sur le prêt, au lieu que ce soit Saguenay qui paie la note?”, s’interroge Christine Boivin, qui croit que les contribuables vont pâtir du piètre encadrement, par l’administration municipale, d’un organisme subventionné.