le Dimanche 12 avril 2009

Navettes de transfert des bateaux de plaisance

Gare à la moule zébrée

Chicoutimi – L’idée de créer un réseau de navettes destinées à faciliter le transfert de bateaux de plaisance entre la rivière Saguenay, le lac Kénogami et le lac Saint-Jean lancée par le maire de Saint-Fulgence, Gilbert Simard, fait réagir certains citoyens qui craignent que certaines considérations environnementales ne soient laissées de côté dans ce projet.

Paul Pilotte, un citoyen du secteur Laterrière et un amateur de chasse et de pêche longuement impliqué dans le réseau de gestion des ZEC régionales, figure parmi les personnes qui expriment des réserves face à ce projet. Selon M. Pilotte, l’idée peut sembler bien intéressante de prime abord, mais il faut songer au fait qu’il y a un danger de contaminer les eaux des lacs Kénogami et du Lac Saint-Jean avec l’introduction d’espèces de poissons ou de mollusques indésirables par le transfert de bateaux ayant navigué sur le Saint-Laurent et le fjord du Saguenay. M. Pilotte pense entre autres à la moule zébrée introduite d’Europe vers 1986 dans le lac Sainte-Claire en Ontario et qui, depuis, est présente dans la plupart des eaux navigables interconnectées de l’Est de l’Amérique du nord. Sa présence a été signalée en 1990 dans le fleuve Saint-Laurent et dans la rivière Richelieu en 1994.

Selon les informations provenant du ministère du Développement durable et Environnement, la moule zébrée pourrait éventuellement survivre dans quelques plans d’eau du Saguenay-Lac-Saint-Jean. L’une des caractéristiques de la moule zébrée est qu’elle possède une très grande capacité à se reproduire du fait que chaque moule femelle peut pondre jusqu’à un million d’oeufs par année pendant l’été lorsque la température de l’eau est supérieure à 12 degrés Celsius. Une fois installées dans un plan d’eau québécois, les moules zébrées peuvent atteindre une densité de 40 000 moules au mètre carré, comparativement à 700 000 observées dans les Grands Lacs.

Outre le fait que les larves des moules peuvent flotter librement dans l’eau pendant deux à trois semaines après la ponte, le comportement humain contribue à sa propagation. Les coques de bateaux, moteurs, remorques, tuyaux d’eau, ancres, équipements de pêche, etc, ainsi que l’eau transitant d’un plan d’eau à l’autre dans des seaux de poissons-appâts permettent une nouvelle colonisation rapide.

Compte tenu de tous ces facteurs, la présence de la moule zébrée peut nuire à des espèces de poissons indigènes comme la ouananiche et la truite en plus de rendre des zones de baignade moins intéressantes puisque sa coquille est très coupante.

Selon M. Pilotte, dans toutes les régions du Québec où il y a navigation de plaisance, il existe des stations de lavage des bateaux afin d’éviter que des transferts d’espèces ne surviennent d’un plan d’eau à l’autre. “Dans la région du lac Memphrémagog, lorsque tu transfères ton bateau, tu dois obligatoirement passer par une station de lavage, ce qui te coûte 35$”, explique M. Pilotte.

Ce dernier espère qu’avant de se lancer dans un projet de navettes de transfert, la MRC du Fjord tiendra compte de ces considérations environnementales.