On
pourrait relater l'histoire du territoire du lac Kénogami en six
grandes phases, soit:
1.
la route des fourrures et les voyages d'explorations;
2.
la Mission Cascouia (Saint-Cyriac);
3.
la disparition de Saint-Cyriac;
4.
la nouvelle vocation (les années 1940 à 1973);
5.
l'aménagement du Parc Kénogami;
6.
la création de la municipalité de Lac-Kénogami.
Phase 1
La route des fourrures
et les voyages d'exploration
Selon les fouilles
archéologiques effectuées entre 1964 et 1967 au lac Vert, la toute
première présence humaine sur le territoire du lac Kénogami
remonterait à 4 000 ans (période du sylvicole inférieur). Les plus
anciens vestiges découverts par les archéologues furent attribuées à
la culture Adena.
Il a toujours existé,
pendant des périodes plus ou moins longues, une présence
amérindienne dans le secteur du lac Kénogami.
En 1947, le Père Albanel,
lors de son premier voyage, précisa l'existence de cabanes de
"Sauvages de Sillery". Durant les belles années du poste de traite
de Chicoutimi, une colonie d'autochtones vivait sur les rives du lac
Kénogami. En 1828, la Commission d'enquêteurs sur le potentiel de
la région à la colonisation ne remarquera aucune présence permanente
d'autochtones. Les Amérindiens y venaient pour la chasse.
Bien avant l'arrivée des
Blancs, existait une route de trafic des fourrures traversant de
bout en bout la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean et dont le point
de départ était Tadoussac et le point d'arrivée la Baie-James. Le
lac Kénogami faisait partie de l'itinéraire. Le trajet total
prenait une vingtaine de jours. Les missionnaires, grands
propagateurs de la parole de Jésus-Christ auprès des nations
autochtones, suivirent aussi cette route. Ils furent les premiers à
pénétrer la chasse gardée des Montagnais. Les trappeurs, les
trafiquants et le fils du gouverneur de Trois-Rivières la suivirent
aussi.
Le mérite de la première
description du lac Kénogami revient au Père Jean Dequen, découvreur
du lac Saint-Jean (1647).
Par la suite, vinrent
s'ajouter les descriptions de Joseph-Louis Normandin (1732),
François Verreault, J.B. Taché et les membres de la Commission
d'enquête de 1828.
Les rapports de Normandin,
Baddeley et Bouchette décrivirent un endroit appelé Pointe au
Sable. Ils voyaient en cet endroit la place idéale pour
l'instauration d'un village.
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Phase
2
La mission Caskouia (Saint-Cyriac)
Cyriac Buckell, le
premier résident
Le premier résident à venir
s'établir sur ce territoire fut Cyriac Buckell. Buckell aurait été
aide de camp de l'équipe d'enquêteurs de 1828. Au départ de
ceux-ci, il se serait installé dans le secteur aux environs de
l'année 1829. Comme la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean était un
fief de la compagnie de la Baie d'Hudson et qu'elle interdisait
l'entrée des colons, Buckell, pour la déjouer, adopta le mode de vie
amérindienne. Il résidait du côté nord à l'endroit appelé Pointe au
Sable à proximité de l'embouchure de la rivière aux Sables. Il
était considéré comme l'un des premiers squatters du Saguenay et
avait 250 âcres de terre.
Au début des années 1860,
Buckell va s'installer à la Baie Cascouia. C'est chez son fils
Charles qu'il passa les dernières années de sa vie. Le nom de
Saint-Cyriac fut donné à la paroisse en 1889 beaucoup plus en
l'honneur du saint qu'en l'honneur de Cyriac Buckell.
De Mission Caskouia à
Canton Kénogami
Quand le chemin Kénogami fut
mis en chantier, quelques familles de colons s'installèrent le long
de son parcours. En 1858, plusieurs abattis furent faits annonçant
l'arrivée de colons mais aux environs de 1862, on ne comptait que
cinq familles installées de façon permanente. Le 4 février 1865, le
gouvernement proclamait l'élection du canton Kénogami. Cela
permettait de légaliser la colonisation. C'était le coup d'envoi de
la Mission Caskouia. Le presbytère fut construit seulement en 1872.
Le Grand Feu de 1870
n'épargna pas cette communauté. Plusieurs ont perdu leurs biens.
Le Grand Feu eût l'extrême avantage d'accélérer le défrichage et
donner un second souffle à la colonisation.
En 1884, la deuxième
chapelle fut construite et bénite le 2 mai 1886. Le 27 juillet
1887, le gouvernement du Québec ordonna la création de la
municipalité scolaire de Saint-Cyriac. Au printemps 1894, on
procède à la construction du presbytère et à l'agrandissement du
cimetière.
Le 15 novembre1897, le
gouvernement du Québec procède à l'érection de la municipalité de
Canton de Kénogami. Cette nouvelle municipalité incluait tout le
canton Kénogami et une partie du Canton Jonquière, c'est-à-dire tous
les rangs 8, 9 nord et sud du Canton Jonquière.
Transport
Le chemin Kénogami fut la
première voie carrossable qui partait de Chicoutimi pour s'étendre
au lac Saint-Jean. Les travaux d'arpentage furent exécutés en
1851. La construction du chemin se fit de 1854 à 1862. Quand le
chemin Kénogami fut complété, la municipalité de Saint-Cyriac
devenait la plaque tournante et la localité tampon entre le Saguenay
et le lac Saint-Jean. Mais avec la mise en service du tronçon
Chambord/Chicoutimi du chemin de fer, on assiste à un glissement des
communications vers le Saguenay ayant des conséquences pour le
peuplement du secteur.
Économie
La petite paroisse dépendait
de l'agriculture et de l'exploration de la forêt. En 1893, une
fromagerie fut ouverte. L'exploitation de la forêt amenait un
supplément de revenus pour les gens de la paroisse. Le premier à
obtenir des droits de coupe au lac Kénogami fut Peter Mcleod. Il
s'attaque à la forêt pendant l'hiver 1851-1852. Price ramasse les
droits de coupe dans le secteur après la mort de Mcleod. En 1890,
les chantiers en forêts auraient débuté sur les rivières Pikauba et
Cascouia. Les années 1897-1898, la Compagnie de Pulpe de Chicoutimi
donna d'importants contrats de coupe sur le territoire du lac
Kénogami.
Tourisme
Le lac Kénogami était un
site très prisé pour la pêche. Pour protéger la ressource, des
droits de pêche furent accordés par le gouvernement pour des
périodes de temps donnés.
Avec l'arrivée du chemin de
fer, le lac Kénogami fut une destination touristique prisée au même
titre que le lac Saint-Jean. Pour profiter de cette manne, les
propriétaires du Château Saguenay de Chicoutimi construisirent au
chalet à la pointe au Sable avec toutes les commodités nécessaires
pour des séjours agréables. Un guide de pêche était disponible sur
place. La clientèle touristique était surtout américaine. En 1901,
un bateau à vapeur, le Maria-Nina, allait faire des excursions sur
le lac Kénogami.
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Phase
3
La disparition de
Saint-Cyriac (1900-1925)
Les premiers barrages
Puis, vint l'épopée de
l'exhaussement des eaux du lac Kénogami pour les besoins
industriels. Les Compagnies de Pulpe de Chicoutimi et de Jonquière
voulaient augmenter leurs sources d'approvisionnement en énergie.
C'est aux environ de 1900 que commença le contrôle partiel du débit
du lac. Ce contrôle était assuré par deux barrages: l'un à Pibrac
et l'autre à Portages Des Roches. L'eau était emmagasinée sur une
hauteur de neuf pieds. Quelques mois plus tard, la Compagnie de
Pulpe de Jonquière vendit ses droits à celle de Chicoutimi. Le 7
décembre 1901, la Compagnie Price acheta la Compagnie de Pulpe de
Jonquière. En 1904, un conflit éclata entre la Compagnie Price et
celle de Chicoutimi concernant l'approvisionnement en énergie.
La Compagnie Price gagna sa
cause devant les tribunaux. Le 2 juin 1904, le gouvernement
provincial adopte une loi permettant le rehaussement du lac Kénogami.
Au début de l'année 1905, pour se conformer à la loi, la Compagnie
de Pulpe de Chicoutimi, construit de nouvelles écluses plus hautes
et plus performantes pour remplacer les premières. Elles seront
érigées respectivement à Portage Des Roches et l'autre au Cran-Serré
à Pibrac.
Saint-Cyriac durant cette
période
Pendant ce temps,
Saint-Cyriac ressemble de plus en plus à un village. On bâtit une
nouvelle église et sa construction fut terminée en 1905 (Figure 4).
Du côté économique, on remarque que la proportion d'agriculteurs
passa de 97% en 1893 à 66% en 1905. L'exploitation forestière et la
construction des premiers barrages sont les principales causes. Le
phénomène de la "déruralisation" va croître au cours des années.
Le dernier chapitre de
Saint-Cyriac
Il commence avec la
contestation de la Compagnie de Pulpe de Jonquière qui accuse celle
de Chicoutimi de ne pas respecter le contrat pour l'apport d'eau.
Ce différent ce règle en justice. La Compagnie de Pulpe de
Chicoutimi doit arranger les écluses et verser une somme de 500$ en
dédommagement. Avec l'arrivée d'un nouveau moulin à Kénogami, une
solution devrait être envisagée. Alors, la C.E.C. (Commission des
Eaux Courantes du Québec) eût à étudier une nouvelle demande visant
à rehausser le lac Kénogami à un niveau de 115. En janvier 1916,
Dubuc demande au gouvernement de voter un projet de loi autorisant
la Compagnie de Pulpe de Chicoutimi à agrandir le réservoir Kénogami.
Le projet de loi ne passera pas la deuxième lecture. C'est la
C.E.C. qui aura la responsabilité et toute l'autorité nécessaire
dans le projet le 9 février1918. Il y a des négociations
tripartites. C'est la C.E.C. qui aura la responsabilité des
travaux. La signature du contrat a lieu le 22 décembre 1922 et les
travaux commencèrent au mois de mars 1923. Selon les rumeurs,
l'inondation devait toucher une faible partie des terres. Alfred
Dubuc s'engageait à relocaliser à ses frais ceux qui seraient
touchés par la montée des eaux.
Le conseil municipal négocia
avec Alfred Dubuc mais devant les piètres résultats des
négociations, il voulait prendre des recours pour empêcher les
travaux. Pensant gagner, on poussa même l'audace de construire une
école, de réparer le presbytère et d'emprunter pour la construction
à un réseau d'aqueduc. C'est après la signature officielle de
l'entente que la population reçut cette gifle en plein visage:
Saint-Cyriac allait disparaître.
Pour faire passer le lac au
niveau 115, il a fallu construire deux barrages (Portage Des Roches,
Pibrac) et plusieurs digues de retenue (Baie Moncouche), Deschênes,
Coulée Gagnon, Coulée Caskouia). De plus, il a fallu relocaliser le
chemin Kénogami, les lignes de téléphone et exproprier des terrains
dans les cantons de Jonquière et Kénogami. Au printemps 1924, le
haussement du lac à la cote 102 entraîne des inondations rendant
impraticable le chemin Kénogami et les terres situées à l'extérieur
des limites deviennent incultes. On a dû reconstruire un nouveau
chemin de fer et une nouvelle ligne de téléphone le long de la ligne
de chemin de fer. Le lac atteignit sa cote maximale au printemps de
1925.
Cette disparition favorisa
le développement industriel des villes de Jonquière, Kénogami et
Chicoutimi. La Compagnie de Pulpe de Chicoutimi et celle de
Val-Jalbert fermèrent boutique et fûrent achetées par la Québec Pulp.
La Québec Pulp, incapable de payer à la C.E.C. le million et demi
qu'elle devait pour l'aménagement du lac, fit également faillite.
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Phase 4
Nouvelle vocation
Les années 1940 à 1973
Nouveau départ pour le
territoire du lac Kénogami. À partir de 1940, les villégiateurs
prennent d'assault le lac Kénogami. En 1948, les propriétaires de
l'église furent disposé à céder les titres de propriété à la
Corporation épiscopale. En 1965, le gouvernement s'empara de toutes
les propriétés et limites de la Québec Pulp pour se payer des
redevances que cette dernière ne pouvait assumer depuis des années.
En 1967, la Chambre de
commerce de Jonquière lançait un vaste plan d'aménagement
touristique et de récréation du lac Kénogami. Ce parc aurait eu des
activités quatre saisons.
En 1972, le ministère des
Richesses naturelles songeait à construire un barrage de
soixante-dix pieds de haut sur le lac Des Écorces pour régulariser
le niveau des eaux du lac Kénogami. Ce projet se retrouvera sur les
tablettes.
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Phase 5
L'aménagement du Parc
Kénogami
L'annonce de l'implantation
du Parc Kénogami fut faite le 12 décembre 1973. Sur une période de
cinq ans, une somme de quatre millions serait investie pour mettre
en place le premier réseau de parc récréatif (Mont Valin, de
Lac-Kénogami, Pointe-Taillon). En 1977, l'estimé des coûts, une
fois les travaux terminés, était de cinq millions. La zone plein
air s'étend sur une superficie de 125 milles carrés et ses limites
touchent à la Route 54, au parc des Laurentides, aux comptés de
recensement de Chicoutimi et de Lac-Saint-Jean.
La zone de récréation
intensive quant à elle aurait une superficie de 115 âcres et couvres
le site appelé l'Île de Sable. Les activités de loisirs seraient
sur trois plans:
- activités de plein air;
- activités motorisées;
- activités nautiques.
Ce fut à l'été 1976 que les
touristes et la population régionale purent profiter des
installations du Parc Kénogami.
En février 1990, on
annonçait un projet de relance de 8 à 10 millions pour le camping du
Parc Kénogami maintenant géré par la SEPAQ. Ce projet comprenait la
vente de terrains de villégiature, la construction d'une auberge et
le développement d'un golf de dix-huit trous. Trente terrains
furent vendus dans une première phase. En avril 1990, on mettait en
vente trente-quatre autres terrains.
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Phase 6
La création de la
municipalité de Lac-Kénogami
C'est suite aux démarche du
comité des citoyens auprès de la députée de Jonquière, Mme Aline
Saint-Armand, et du ministère des Affaires municipales en décembre
1984 que le projet de loi 247 sur la municipalité de Canton Kénogami
fut débattu à l'Assemblée Nationale. Les quatre articles du projet
de Loi 247 avaient pour but de remettre en opération une charte non
opérante depuis 1924 à la suite de l'exhaussement du lac Kénogami.
C'était le conseil de comté puis, la M.R.C. du Fjord qui assumait la
gestion des affaires et le préfet de comté assurait la
représentation des gens du secteur.
L'objectif ultime était aux
citoyens d'élire un maire et des conseillers municipaux qui
s'occuperont des affaires municipales du Canton Kénogami. Le projet
de loi fut adopté le 4 décembre 1984 et l'adoption de principe dudit
projet fut le 20 décembre 1984.
La première élection fut
décrétée par le Ministre des Affaires municipales M. Alain Marcoux
pour le 3 mars 1985. Les élus de la M.R.C. avaient adopté les
résolutions signifiant le transfert des pouvoirs de l'organisme vers
la nouvelle équipe.
Finalement, Lac Kénogami a été fusionné le 18 février 2002 avec les
villes de Chicoutimi, Jonquière, La Baie, des municipalités de
Laterrière, Shipshaw et d'une partie de la municipalité de canton
de Tremblay pour former Ville Saguenay.
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