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Une catastrophe inoubliable, ineffaçable


Dimanche le

20 ans après le déluge du Saguenay

Une catastrophe inoubliable, ineffaçable

Jean-François Tremblay

Il y a 20 ans, le Saguenay-Lac-Saint-Jean vivait l’une des pires catastrophes naturelles qu’ait connues le Québec. Des pluies diluviennes, des rivières gonflées et différents facteurs tous plus imprévisibles les uns que les autres ont mené à un désastre sans précédent, qui a marqué l’imaginaire collectif.

Les images du déluge ont fait le tour de la planète : des maisons anéanties, des routes rayées de la carte et des dizaines de sinistrés, la gorge nouée par l’émotion, qui assistent, impuissants, à des scènes de cauchemar.

Pendant 50 heures en juillet 1996, le Saguenay a reçu plus de 250 millimètres d’eau – le volume de pluie d’un mois complet – ; une crue qui arrive une fois aux 10 000 ans.

Gorgé d’eau, le lac Kénogami s’est déversé dans la rivière aux Sables, qui a changé de lit pour se former un nouveau chemin.

Même chose du côté de la rivière Chicoutimi, qui a contourné les barrages Pont-Arnaud et Chute-Garneau avant de dévaster le quartier du Bassin à Chicoutimi, 25 kilomètres en aval.

À Ferland-et-Boilleau, c’est la digue Cut-Away du lac Ha ! Ha ! qui a cédé sous la pression de l’eau, forçant le lac à se déverser dans la rivière, qui a atteint jusqu’à 30 fois sa largeur normale.

Impressionnante tranchée

Dans ce petit village, la rivière Ha ! Ha ! s’est creusé un nouveau lit dans une impressionnante tranchée profonde de 20 mètres et large de 175 mètres, contribuant, du coup, à isoler Ferland-et-Boilleau.

L’eau fait les ravages les plus importants dans le secteur Grande-Baie, à La Baie.

Mais la catastrophe a surtout causé la mort de deux enfants, ensevelis dans leur sommeil par un glissement de terrain, à La Baie.

Au total, 16 000 citoyens ont été évacués d’urgence. «Où est-ce qu’on s’en va là ? (…) Est-ce que vous connaissez des gens ? Et quand on revient ?» se demandaient les sinistrés, évacués d’urgence.

Plusieurs ne reviendront jamais dans leur maison.

Deux mille cinq cents bâtiments ont été emportés, démolis ou endommagés. Des secteurs entiers ont été dévastés. Une dizaine de municipalités ont été touchées.

Lucien Bouchard, qui était alors député provincial de Jonquière et premier ministre du Québec, a sauté dans le premier avion en direction de la région. «J’ai été consterné. Des coins qu’on connaît, qu’on a fréquentés souvent. On ne les retrouve pas», disait-il à la caméra.

«Les voies ferrées sont arrachées. Les routes sont arrachées. Les maisons emportées. C’est vraiment un coup très dur», confiait pour sa part Bernard Landry, vice-premier ministre du Québec à l’époque, visiblement consterné par l’ampleur des dommages.

Le premier ministre canadien Jean Chrétien, lui aussi venu constater la catastrophe de ses yeux, n’en revenait pas non plus. «Ce qui se passe, c’est vraiment désolant. Je voudrais offrir mes condoléances à tout le monde.»

Découragement

Devant ce qui leur reste, certains sinistrés sont évidemment découragés. «Mon garage était là hier soir avant de partir», disait l’un d’eux, rencontré à Laterrière.

«Plus de garage ce matin. Demain matin, je n’aurai plus de maison.»

Les dégâts liés au déluge ont été évalués à plus de 1 milliard $. Ottawa et Québec ont tous deux versé des indemnités, à hauteur de 800 millions $.

Un spectacle-bénéfice et des centaines de dons provenant des quatre coins du Québec ont aussi permis de créer un fonds d’aide de 29 millions $.

Les changements au paysage sont encore visibles aujourd’hui tout comme la cicatrice des douloureux événements dans le coeur des sinistrés, mais il reste que le déluge – comme la petite maison blanche, devenue symbole du drame – a démontré le courage et de la résistance légendaires des Bleuets face au drame.