le samedi 9 octobre 2010

La solution en 2013

Quelle surprise d’entendre le maire Jean Tremblay affirmer que Québec lui a refusé 200 fois sa demande d’un barrage sur la rivière Pikauba.  » Vaut mieux oublier ça « , a-t-il conseillé à Guy Vigneault, un citoyen de Lac-Kénogami qui se considère chanceux d’avoir, tout comme les quelque 7500 autres riverains de cet immense réseau hydrographique, évité, la semaine dernière, la répétition catastrophique du scénario de 1996.

Plus déconcertant encore, c’est d’apprendre que Claude Collard, le méticuleux président de l’Association pour la protection du lac Kénogami (APLK), se montre soulagé par ce refus du gouvernement.

Le creusage de la rivière aux Sables

C’est un ouvrage inutile, soutient-il. Le creusage de la rivière aux Sables, qui est enfin commencé, suffirait à assurer la sécurité. Une attitude qui étonne. Mais je suis enclin à faire confiance à l’homme, au bénévole, au serviteur de son milieu. Croisons-nous les doigts en espérant que l’avenir lui donnera raison.

Les gens touchés ont toujours partagé la conviction que tant et aussi longtemps que les ouvrages recommandés par la Commission Nicolet n’auront pas été complétés, l’angoisse les tenaillerait chaque fois que les rivières aux Sables et Chicoutimi gonfleraient soudainement. Mais comme ils ne sont pas, à l’exemple de Régis Labeaume, en communication directe avec dieu le père qui règne à Québec, leur voix a toujours été faiblement perçue.

La région a vécu une heureuse exception avec l’avènement d’un gouvernement dirigé par un premier ministre, Lucien Bouchard, qui représentait le comté de Jonquière. Ce hasard politique tout à fait exceptionnel nous a notamment valu le prolongement jusqu’à Saint-Bruno de l’autoroute 75 qu’une chicane politique avait réduite, pendant plus d’une décennie, à un tronçon partant du Boulevard Talbot et s’arrêtant brusquement à l’entrée d’Arvida.

La solution Bouchard-Brassard

Québec avait finalement annoncé, le 11 juin 2000, dans une conférence de presse donnée à Chicoutimi par Lucien Bouchard et son titulaire des Ressources naturelles, à l’époque, Jacques Brassard, l’application de leur solution. Soit un programme en trois phases comprenant la construction d’un réservoir tampon sur la rivière Pikauba.

Des travaux estimés à 170 millions$ qui devaient être exécutés et défrayés par Hydro-Québec. Ce beau plan, les péquistes n’ont pas eu le temps de le réaliser. Lucien Bouchard démissionna, à la surprise générale, le 11 janvier 2001 alors qu’Hydro-Québec venait tout juste de mettre la machine en marche. Et quand Jean Charest et les libéraux poussèrent le nouveau chef souverainiste Bernard Landry sur les banquettes de l’opposition, le péril du lac Kénogami fut tout simplement oublié.

Les politiciens n’avaient qu’une seule préoccupation: maintenir le niveau du plan d’eau à près de 114 pieds durant la saison estivale. Et si Elkem Metal devenait un obstacle avec sa petite centrale, on l’inviterait à s’installer ailleurs. Le discours a heureusement changé depuis la possibilité d’implantation, chez nous, d’une usine devant produire la matière première à la fabrication de panneaux solaires. Un projet d’un milliard$ pouvant générer 350 emplois. Le maire Jean Tremblay y croit tellement qu’il s’est envolé, l’an dernier, jusqu’en Norvège pour convaincre le siège social des avantages supérieurs qu’offre la région à un projet de cette envergure.

Fermons la parenthèse pour se rappeler le contexte des intérêts qui cohabitaient douloureusement autour du lac Kénogami après le Déluge de 1996. La sécurité? Il suffisait, selon le raisonnement dominant, de bien gérer les mouvements de l’eau.

Québec a finalement retrouvé le Rapport Nicolet une décennie après la catastrophe. La ministre Françoise Gauthier a obtenu les crédits nécessaires pour rénover le barrage Portage-des-Roches et doubler la capacité d’évacuation du lac Kénogami en creusant la rivière aux Sables. Des travaux qui se termineront en 2013 et auront coûté quelque 50 millions$.