Jeudi 19 novembre 1998

Lac Kénogami

La solution passe par la construction de barrages

Jonquiere – Le Comité provisoire du lac-réservoir Kénogami et des rivières Chicoutimi et aux Sables en arrive à la conclusion que la construction d’ouvrages de contrôle des crues sur les rivières aux Ecorces et Pikauba, est le seul moyen pour assurer la sécurité des citoyens et des infrastructures.

Le comité avait convoqué la presse hier afin de faire rapport des résultats des travaux d’analyse de la problématique du système hydrologique du bassin. Ils ont remis à la presse un rapport final démontrant qu’une crue maximale probable n’était pas nécessaire pour causer des dommages majeurs aux infrastructures et mettre en cause la sécurité des citoyens.

Barrages

La solution retenue, qui consiste en la construction d’un système de contrôle d’une partie du bassin versant situé dans la Réserve faunique des Laurentides, est un projet ambitieux qui nécessitera des investissements de l’ordre de 300 à 500 millions $. Paul Ruel, le président du comité, affirme qu’il s’agit d’un investissement majeur, mais que le gouvernement du Québec doit tenir compte en tout premier lieu de la sécurité des citoyens.

«Personne n’est vraiment pour les barrages», admet Paul Ruel. «Dans ce cas, il y va de la sécurité des citoyens. Ce sera un choix de société tout en tenant compte des impacts négatifs de la construction des ouvrages. Il faut déjà penser à des mesures d’atténuation mais en bout de ligne, il faut se demander si nous avons le choix», indique le président.

Ce dernier est conscient que la construction d’ouvrages de contrôle dans ce secteur de la Réserve faunique des Laurentides hypothéquera une région considérée comme un paradis faunique. On parle de l’un des habitats de très grande qualité pour l’orignal.

Les dirigeants du comité de bassin sont aussi conscients que le lancement de ce projet nécessitera des études environnementales poussées. Le tout se retrouvera inévitablement devant le Bureau des audiences publiques sur l’environnement (BAPE). Encore là, le comité considère qu’il y aura moyen de démontrer que les avantages de la construction de ce système de contrôle l’emporteront sur les impacts environnementaux négatifs.

Crainte des citoyens

En plus des impacts environnementaux évidents, les membres du comité reconnaissent que la construction de réservoirs en amont ne passera pas comme lettre à la poste. Le traumatisme provoqué par le déluge n’est pas disparu et l’évocation des barrages «au dessus de la tête du monde» risque de freiner les ardeurs. Pour contrer cette perception négative des barrages, le comité de bassin a créé un sous-comité dont la mission est de rencontrer les citoyens concernés pour les informer. Paul Ruel croit qu’une information bien présentée auprès des citoyens permettra de diminuer les craintes et de mieux faire accepter le projet.

Le président Ruel spécifie que les ouvrages projetés ont comme principale fonction de contrôler les débits des rivières aux Ecorces et Pikauba. On ne parle donc plus de barrages construits en fonction d’une production énergétique rentable.

La gestion des niveaux d’eau sera en conséquence tributaire de l’équilibre entre le bassin aval et le réservoir Kénogami pour éviter les débordements du réservoir Kénogami et des rivières Chicoutimi et aux Sables. Ce sont des éléments, croit Paul Ruel, qui permettent d’éliminer certaines craintes des citoyens.

Décision attendue

Le comité souhaite que le gouvernement du Québec prenne position rapidement dans ce dossier. Les membres en arrivent à la conclusion qu’il est temps, deux ans après le déluge, d’apporter la solution définitive aux problèmes de débordements éventuels du réseau.

Une firme avait réalisé une première étude du projet de construction des réservoirs de contrôle. Hydro-Québec a réalisé une seconde étude qui a été remise au gouvernement du Québec le 30 octobre. Tout indique que le gouvernement a demandé des compléments d’information relativement à l’aménagement de ce système de digues et barrages.

Il est cependant évident, selon des vérifications faites par Le Quotidien, que le projet ne rentre pas dans les critères de rentabilité d’Hydro-Québec. La construction d’une centrale dotée d’une capacité de 45 mégawatts au pied du barrage principale est loin de rencontre l’objectif d’Hydro-Québec qui est de construire des équipements produisant de l’électricité sous la barre des trois cents le kilowattheure.

Le comité a proposé d’autres mesures comme le dragage des rivières Chicoutimi et aux Sables. Ces mesures pourraient améliorer la capacité d’évacuation sans toutefois apporter la solution permanente que constitue la construction des ouvrages en amont.

 

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