le samedi 18 juillet 1998

Zones sinistrées par le déluge

La région a réalisé des travaux titanesques

Cet après-midi, à La Baie, deux ans presque jour pour jour après le déluge de 1996, de nombreux fonctionnaires qui ont oeuvré dans le dossier de la reconstruction pourront constater, de visu, l’ampleur des travaux qui ont été réalisés dans les zones sinistrées. Et comme pour ajouter à l’ambiance, il pleuvait des clous hier soir, ce qui n’a pas manqué de raviver de vilains souvenirs à bon nombre de sinistrés.

Deux ans plus tard, la reconstruction est somme toute complétée. Entre-temps, des sommes de travail énormes ont été dépensées. Un seul dossier reste en suspend, soit celui de la rivière Chicoutimi et de ses barrages. Et ce, parce que le gouvernement du Québec doit prendre position sur la recommandation faite par le comité provisoire de gestion des rivières Chicoutimi et aux-Sables et du lac réservoir Kénogami de construire un barrage en amont dans le parc des Laurentides.

«Hydro-Québec est en train d’évaluer la préfaisabilité de ce projet et le gouvernement prendra position par la suite», explique Pierre A. Gauthier, coordonnateur de la reconstruction et employé au ministère de l’Environnement et de la Faune (MEF). La décision finale aura un impact sur les trois ouvrages aménagés sur la rivière Chicoutimi, soient les barrages de Chute Garneau, Pont Arnaud et celui du Bassin.

Dans le secteur de La Baie, «il ne reste que quelques coups de pinceaux à donner» pour reprendre l’image lancée par M. Gauthier. Le gros du travail a été fait. Au MEF, le travail n’a pas manqué. La trentaine d’autorisations émises annuellement par le ministère a été décuplée depuis le déluge. En tout, 350 autorisations ont été émises et au cours des deux derniers mois, les fonctionnaires ont entrepris la révision de chacune des autorisations pour effectuer un bilan.

Commission Nicolet

Pierre A. Gauthier ajoute que les principales recommandations de la Commission Nicolet ont été suivies. Les comités de bassin ont été mis sur pied dans les trois secteurs ciblés, soit rivière Chicoutimi/aux-Sables/lac Kénogami, rivière Ha!-Ha! et rivière à Mars. Les membres de ces comités ont pris leur mandat très au sérieux, poursuit-il, et ils ont fait une trentaine de recommandations. Dans les cas des comités de Chicoutimi et de la rivière à Mars, on souhaite même obtenir une prolongation de mandat afin d’assurer le suivi des recommandations faites. Et ce ne sont pas des voeux pieux, note le fonctionnaire puisque dans le cas du Comité de la rivière à Mars, la plupart des recommandations sont intégrés dans les travaux effectués sur les berges.

En ce qui concerne le secteur de la rivière Ha! Ha!, le programme de stabilisation des berges vient à échéance le 31 mars 1999, de sorte que le gouvernement devrait compléter d’ici là l’achat des terrains qui sont à l’intérieur des zones inondables (Loi 152).

Autre recommandation de la Commission Nicolet, une mise à jour de la cartographie des zones inondables des rivières touchées ainsi que la réalisation d’un inventaire des barrages sur l’ensemble du territoire québécois. «Jusqu’à présent, nous avons répertorié environ 60 pour cent des 10 000 ouvrages qui existent au Québec, dont 600 dans la région», précise M. Gauthier. Et à l’automne, une commission parlementaire abordera le délicat sujet de la sécurité des barrages et des responsabilités inhérentes aux gestionnaires..

Leçons

Parmi les grandes leçons du déluge, Pierre A. Gauthier retient que les populations et les ministères doivent composer avec la nature et non contre. Cette réalité devient encore plus criante lorsqu’on est confronté aux forces de l’eau et les infrastructures devront être réalisées en tenant compte de cet élément.

«A l’avenir, on devra accroître la capacité d’évacuation des ouvrages. La plupart des ponts reconstruits ont été prolongés. De même, les voies ferrées qui traversent les cours d’eau sont prolongées et ont un empierrement qui solidifient les structures.»

La crédibilité du MEF s’est accrue et les exigences qui semblaient superflues aux yeux de certains trouvent maintenant une écoute attentive et sont respectées.

D’ailleurs, il ajoute que les gens devront comprendre qu’on ne s’improvise pas spécialiste en hydraulique. Presque quotidiennement, le MEF joue les trouble-fête en émettant des avis d’infraction à des personnes qui érigent de petits barrages ou étangs sur leur terrain.

«Tout le monde est pour la vertu jusqu’à ce que l’on soit directement concerné», constate-t-il.