le vendredi 17 janvier 1997

Selon la Commission Nicolet

Les inondations de juillet n’auraient pu être évitées

La Baie – Dans le meilleur des scénarios, le ministère de l’Environnement et de la Faune n’aurait pas pu éviter pour la peine les dommages causés par les inondations de juillet dernier, mais en revanche, une bonne gestion du barrage du lac Ha! Ha!, de la Stone Consol, aurait évité le chaos.

Le rapport tant attendu de la Commission scientifique et technique sur la gestion des barrages, découlant du déluge de juillet au Saguenay, a reconnu hier que tous les gestionnaires de barrages en cause, à différents degrés, ont péché, mais que pour certains, les impacts ont été en plus dramatiques. Le travail de la commission, ont précisé les auteurs, a obéi à un seul maître, la sécurité.

Les commissaires, comme promis, ne jettent le blâme sur personne, mais une boutade du président Roger Nicolet ne laisse aucun doute: L’homme a aidé la nature. De petits lutins ont travaillé.»

Le nom de la Stone Consol ne revient pas dans le rapport Nicolet qui n’en contient aucun, mais la Commission fait clairement état de l’incompétence de son système de gestion. Si les quatre vannes de son barrage avaient été ouvertes à temps, les pluies auraient été évacuées par celles-ci et les dommages auraient été moindres, signifie le rapport.

Le débordement du barrage a fait en sorte que la crue de 160 m 3 (mètres cubes) provoquée par la pluie a plutôt été de 900 m 3/s (seconde) avec des matériaux, tels des arbres, du sable, de la vase, etc. La rivière Ha! Ha! a perdu les pédales à la Chute Perron (au km 16 entre le lac Ha! Ha! et ville de La Baie) en montant de 40 à 60 pieds et a emprunté le lit d’un ruisseau inoffensif et entraîné 9,3 millions m 3 de terre dans la baie des Ha! Ha!.

Entretien

Le rapport a réservé sur la gestion privée le commentaire suivant: «Le déroulement de la crue de juillet 1996 a révélé jusqu’à quel point certaines politiques corporatives pouvaient influencer la qualité de la surveillance, de l’entretien et de l’opération même d’un ouvrage de retenue des eaux. La Commission a été surprise de constater les divergences qui existent quant à l’importance accordée par différentes structures corporatives en regard de leur responsabilité face aux ouvrages qu’elles exploitent.»

Dans son analyse des scénarios sur la rivière Ha! Ha!, la Commission n’a pas eu le temps de simuler les divers comportements, mais son président Roger Nicolet a promis de revenir dans la région, d’ici une dizaine de jours, pour préciser quels auraient été les impacts dans tel ou tel cas.

Ces scénarios ont été faits dans le cas du réservoir du lac Kénogami et font dire à la Commission que le MEF aurait pu gérer différemment, mais les résultats n’auraient pas nécessairement été différents, sauf pour le ruisseau Deschêsne. Ce dernier a reçu quatre fois plus d’eau qu’il peut en contenir et certains scénarios, s’ils avaient été exécutés, auraient favorables dans son cas.

Six scénarios

Les spécialistes de la Commission ont simulé jusqu’à six scénario, mais aucun d’entre eux ne peut garantir avec certitude qu’il n’y aurait pas eu de dommage. Même si le lac Kénogami avait été 15 ou 30 centimètres plus bas au moment des inondations, l’eau aurait débordé le Portage-des-Roches, et déjoué Pont Arnaud et Chute Garneau.

Même en ouvrant les vannes du barrage du Portage-des-Roches jeudi après-midi (ce qui n’est pas envisagé dans le plan de gestion du MEF), dans le début des pluies, le débit serait passé de 1800 m 3 à 1350 m 3, ce qui est encore supérieur aux deux exutoires qui se trouvent sur le lac.

La Commission ne s’est pas aventurée sur une norme idéale de niveau d’eau du lac Kénogami, mais estime plutôt «que la fonction du réservoir Kénogami devra être réévaluée». Le commissaire Jules Dufour a même ajouté que les intérêts des villégiateurs et des producteurs d’électricité étaient «irréconciliables».

La norme n’a plus d’importance, a poursuivi en substance M. Dufour, dans la mesure où on veut gérer le barrage en fonction de la sécurité des riverains en aval et en amont.

La Commission en décevra plusieurs en disqualifiant le plan de gestion du lac Kénogami de 1982, parce qu’il est «potentiellement trop élevé pour permettre un laminage raisonnable des apports en situation des gestion de crues exceptionnelles». Ce même plan, soutient toujours la Commission, n’envisage pas la gestion d’une crue millénaire en période estivale comme ça été le cas l’été dernier.