le lundi 16 juillet 2012

Digue Ouiqui à Hébertville

Des campeurs sans camping

HÉBERTVILLE – Encore cette année, des dizaines de campeurs font fi des règles et s’installent sans autorisation sur le site de la digue Ouiqui, à Hébertville.

Les autorités de la MRC de Lac-Saint-Jean-Est ont beau servir des avis d’infraction ou installer des pancartes, rien ne fait. Chaque vendredi, les lieux sont envahis par les habitués de la place.

La plupart y séjournent depuis des années. Ils sont de partout dans la région, mais aussi de Québec, de Drummondville et d’ailleurs. Des Français en visite y étaient récemment.

Sans débourser le moindre sou, les campeurs de la digue Ouiqui profitent d’un accès immédiat au lac Kénogami ainsi qu’à la forêt.

La semaine, seuls des vestiges de feux de camp témoignent de leur passage hebdomadaire.

À part cette tente roulotte recouverte de ruban adhésif à l’entrée du site, qui a été vandalisée, le terrain est désert les jours de semaine.

Dès que le vendredi arrive, c’est une autre histoire.

« Ces terrains appartiennent à la Reine, donc c’est à nous autres », exprime Marie-Pierre Dallaire d’Hébertville-Station.

Le site est en effet la propriété du ministère des Ressources naturelles et de la Faune. C’est toutefois la MRC qui en est le gestionnaire, et ce, même s’il se trouve à l’intérieur des limites d’Hébertville.

Le Centre hydrique du Québec est quant à lui responsable de la digue proprement dite.

Avis… en vain

Le 25 mai dernier, des inspecteurs ont été mandatés par la MRC afin de constater la situation. Trois avis ont été expédiés conséquemment à cette visite.

« Le camping n’est pas autorisé sur le site de la digue Ouiqui puisque aucun projet de mise en valeur du site à des fins récréotouristiques n’a encore été accepté par la MRC. Cette activité ne peut donc être tolérée. Dans ces conditions, nous vous demandons de cesser d’occuper ce territoire à des fins de camping », signe la responsable de la gestion foncière dans Lac-Saint-Jean-Est, Nathalie Audet.

Marie-Pierre Dallaire dit avoir reçu un tel constat, mais n’entend pas s’y conformer.

« On nous défend d’entrer sur un terrain public. Ça n’a aucun sens. Nous venons ici avec nos poubelles, nous passons le râteau sur notre terrain, nous récupérons des bouts de bois par terre pour nous faire des feux. Nous ne faisons rien de mal. Il y a déjà eu du bruit, mais c’est beaucoup plus tranquille aujourd’hui. La plupart des gens viennent ici pour se reposer. Ce n’est pas une place où les jeunes font le party. Ceux qui chialent le font par jalousie », confie-t-elle.

Mme Dallaire admet néanmoins que les pancartes d’interdiction installées cette année par la MRC se sont rapidement volatilisées.

« Elles ne sont pas restées là très longtemps. Des personnes les ont arrachées j’imagine », dit-elle.

Illégal, et puis après?

« Nous sommes prêts à payer s’il le faut. On n’a aucun problème avec ça, tant que ce n’est pas des sommes exagérées. »

Vendredi, 18h. Le Jonquiérois Richard Gagnon vient tout juste d’arriver sur le site, comme plusieurs de ses voisins de fin de semaine. Il est en compagnie de sa conjointe Barbara Dubois et de leurs filles, des adolescentes qui ont grandi sur le site de la digue Ouiqui.

« Ç’a déjà été une place de jeunes qui faisaient le party, mais ce n’est plus ça. Ça cassait des bouteilles et ça se laissait traîner. Maintenant, c’est beaucoup plus tranquille », explique la femme.

On a peine à croire que, 24 heures plus tôt, les lieux étaient inoccupés.

Au moment de la rencontre, une vingtaine de roulottes et de motorisés, de toutes les gammes de prix, étaient déjà installés pour le week-end. Et ça continuait d’arriver.

Les voisins ont développé une synergie avec les années et n’éprouvent aucun remords. Ils savent que le camping est interdit, mais ils s’en balancent. Comme ils s’en balanceraient si on exigeait une légère contribution.

Torse nu ou en maillot, bière à la main, ils s’enlignent pour une fin de semaine de repos avec comme trame de fond le majestueux lac Kénogami.

« On se ramasse avant de partir, on ne fait rien de mal », exprime Jacynthe Morin d’Hébertville-Station.

En tout, six ou sept personnes acceptent de partager leurs sentiments. Tous sont conscients que leurs habitudes engendrent tantôt la jalousie, tantôt le mépris.

Encore une fois, ils s’en balancent.

« Un gars nous a traités de  »bien-êtres » l’autre jour. On n’écoeure pourtant personne », lance François Fleury.

Affublé de tatouages, le citoyen d’Hébertville a longtemps séjourné à la digue Ouiqui. Aujourd’hui, il vient faire un tour en bateau afin de fraterniser avec le groupe.

« Il y a deux ans, j’ai déposé une pétition de plus de 1000 noms à la municipalité. Je voulais que le conseil fasse quelque chose, qu’on autorise le camping. Nous avons tous nos propres fosses septiques. Personne ne va se vider dans le lac, on l’empêcherait. On sait vivre », insiste-t-il.