le mercredi 14 juin 2000

Lac Kénogami: les gens devront patienter

L’ingénieur Roger Nicolet, président de la commission du même nom qui, en 1997, fut chargée de faire la lumière sur l’origine des graves inondations ayant dévasté le Saguenay en juillet de l’année précédente, trouvait « intéressante », hier dans Le Quotidien, l’annonce faite dimanche par Lucien Bouchard relativement à l’aménagement d’un réservoir au coeur du réseau hydrographique alimentant le lac Kénogami, à partir du Parc des Laurentides.

Dans un premier temps, ce projet a pour but de régulariser le débit de la rivière Pikauba. Selon les experts engagés par le gouvernement québécois, le plan d’eau ainsi créé, qui sera maintenu en place grâce à une série de digues, permettra de réduire pratiquement à zéro les risques d’une répétition de la catastrophe naturelle comparable à celle ayant déferlé sur le Haut-Saguenay à l’été de 1996.

L’autre avantage de cet ouvrage de retenue n’est pas mince puisque, durant la saison estivale, il assurera un niveau d’eau acceptable à l’ensemble du lac Kénogami. Une exigence formulée depuis plusieurs années par la population riveraine et qui, depuis, défraie régulièrement la chronique.

Pour l’instant, les principaux groupes environnementaux de la région semblent accueillir la nouvelle de façon assez positive. À tout événement, ces derniers auront l’occasion de faire valoir leur point de vue à l’occasion d’audiences publiques prévues spécialement à cet effet.

Trois jours après l’annonce du projet, la seule note résolument négative provient de Jean Lemay. Le porte-parole des 10 000 sinistrés du déluge, ayant intenté un recours collectif contre le gouvernement québécois, estime que le projet vise surtout à acheter la paix avec les riverains du lac Kénogami. Il ajoute que, en cas de précipitations importantes comme celles que la région a connues il y a quatre ans, l’initiative de Québec n’améliorera en rien la sécurité des populations vivant sur les territoires inondables.

Entre ce qui pourrait apparaître comme un manque d’enthousiasme de Roger Nicolet face à l’initiative du gouvernement québécois, l’attitude réservée des groupes environnementaux, et le point d’orgue de Jean Lemay, un fait demeure: il faudra attendre bien plus que cinq ans – telle est l’estimation faite en fin de semaine par Lucien Bouchard – pour que l’aménagement d’un réservoir sur la rivière Pikauba devienne enfin une réalité.

Car, avant que le maître-d’oeuvre, Hydro-Québec, s’installe sur le terrain, le ministère des Ressources naturelles devra se payer le parcours du combattant typique à ce genre de projet. Lequel, en plus de la confection des études de faisabilité, comprend les inévitables audiences du BAPE. De plus, ce qui est loin de s’annoncer une sinécure, Québec devra s’entendre avec les Autochtones sur des questions de droits de chasse et de pêche. Vaste programme en perspective.

Pour être tout à fait réaliste, et en tenant compte d’expériences précédentes du même genre, il faudrait sans doute convenir que le réservoir sur la rivière Pikauba ne pourrait voir le jour avant au moins sept ans, sinon davantage. Les riverains du lac Kénogami et ses plaisanciers doivent donc s’armer de patience.

En fait, dans ce dossier qui, de l’avis même de Roger Nicolet, a quelque peu traîné en longueur, le gouvernement Bouchard semble avoir adopté la même tactique que celle qu’il a déjà utilisée pour la route à quatre voies dans le Parc des Laurentides. L’année dernière, Québec annonçait en effet en grandes pompes la réalisation de cette route…pour 2010-15. En autant que tout aille bien, encore une fois!