Le Quotidien, Vendredi 12 Août 2005

Une centrale sur la Pikauba d’ici deux ans?

Chicoutimi (PG) – Une coopérative de solidarité de Jonquière a présenté lundi un projet de centrale hydroélectrique sur la rivière Pikauba d’un montant de 87 millions $ qui viendrait régler le problème du niveau d’eau du lac Kénogami. La centrale d’une capacité de 49,7 mégawatts serait par surcroît rentable, idée qu’Hydro-Québec ne croyait pas réalisable.

Le projet a été déposé lundi à la MRC du Fjord-du-Saguenay. «On le fait pour stabiliser les eaux du Lac Kénogami, de la rivière Chicoutimi et de la rivière aux Sables», explique Gérald Lavoie, un retraité et vice-président de la Coopérative de solidarité en services énergétiques. La centrale qui comprendrait aussi un barrage serait située en amont de la jonction entre la rivière aux Ecorces et la Pikauba. «On inonderait un peu. On monterait un peu le niveau de la rivière Pikauba et la centrale se trouverait entre deux crans», spécifie-t-il. La chute actuelle aurait une dénivellation de 120 pieds selon M. Lavoie. Toujours selon lui, le tout pourrait être réalisé en une période d’un an à un an et demi dès que le feu vert sera donné, ce qui l’amène à dire que le tout pourrait être réalisé d’ici deux ans.

Elle serait la propriété d’une société en commandite, constituée de la MRC et de la coop, ceci conformément à loi 62 sur les compétences municipales qui entreront en vigueur le 1er janvier prochain.. C’est d’ailleurs cette loi qui dicte la capacité de production de l’éventuelle centrale, car la puissance maximale possible est de 50 mégawatts.

Le projet sera étudié par la MRC prochainement. «On a mandaté le comité administratif de la MRC de faire une étude plus approfondie», précise Christine Dufour, secrétaire-trésorière adjointe. Ce comité se réunira le 23 août. La ministre responsable de la région, Françoise Gauthier, a été mise au parfum il y a deux ou trois mois par la coopérative. Des entreprises, dont notamment Elkem Métal, devraient aussi éventuellement être contactées.

II n’y a pour l’instant aucun plan de la centrale d’établi et le projet se base sur une étude de faisabilité effectuée en 1995 et qui serait mise à jour par la MRC. De plus, le projet n’aurait pas à passer par le processus des audiences publiques en environnement car selon ses promoteurs le rapport du BAPE de décembre 2003 serait adéquat. Le secteur envisagé faisait partie du projet plus large d’Hydro-Québec. Le BAPE avait alors autorisé Hydro à aller de l’avant avec son projet de 850 millions $, idée qui a été abandonnée par la suite, la société d’État le jugeant non rentable.

Pourquoi un projet inférieur deviendrait soudainement profitable? «Quand Hydro-Québec touche à quelque chose, ça coûte de trois à quatre fois plus cher. Quand tu arrives dans le privé, c’est moins cher», soutient M. Lavoie qui croit fermement que le projet peut rapporter. La somme estimée de 87 millions $ inclurait tous les travaux nécessaires. Les adminis­trateurs de la coopérative sont prêts à mettre de l’argent dans le projet et ils auraient approché d’autres investisseurs.

Le but principal de l’exercice est de solutionner le problème du niveau du Lac Kénogami. «On pourrait permettre avec une digue en amont de garantir plus de stabilité», croit M.Lavoie. «Au début en 95, on voulait faire un barrage au fil de l’eau», raconte-il. C’est après le déluge de 1996 qu’ils ont décidé de transformer leur projet en y joignant un barrage. La Coopérative comprend cinq administrateurs et compte aussi sur l’apport d’ingénieurs et des techniciens.

Rappelons que le gouvernement provincial a récemment abandonné l’idée de construire une digue au coût de 170 millions $ sur la rivière Pikauba, arguant que l’argent n’est pas disponible. Il s’agissait de la principale recommandation du Rapport Nicolet mis sur pied à la suite du déluge de 1996.

Une coopérative de solidarité regroupe à la fois des membres qui sont des utilisateurs des services offerts par la coopérative et des membres qui sont des travailleurs oeuvrant au sein de la coopérative.