Vendredi 11 octobre 1996

Lac Kénogami: Deux réservoirs pour éviter de nouveaux débordements

Hydro-Québec pas intéressée à investir 400 M$

La Baie – Hydro-Québec, le plus important gestionnaire d’ouvrages de retenue d’eau de la province avec ses 512 digues et barrages, recommande l’aménagement de deux nouveaux réservoirs en amont du lac Kénogami afin de laminer des crues extrêmes semblables à celles qui ont frappé la région du Saguenay en juillet.

C’est le vice-président de la société pour la région du Saguenay, M. Roger Bérubé, qui a formulé cette suggestion, hier, devant la Commission Nicolet, chargée de déterminer les causes des coûteuses inondations de l’été dernier.

M. Bérubé, qui a évalué le coût du projet à près de 400 millions $, pense que le maintien d’un débit d’eau acceptabledans les rivières Chicoutimi et aux Sables passe par l’addition de ces nouveaux bassins. «Augmenter le débit d’évacuation des sept barrages sur les deux cours d’eau n’est pas la solution, ajoute le porte-parole d’Hydro Québec. En ouvrant les vannes, on protège les ouvrages mais on cause des dommages considérables le long des rivières, comme ce fut le cas en juillet.»

M. Bérubé s’est toutefois empressé d’ajouter qu’Hydro-Québec n’était pas du tout intéressée à investir dansl’aménagement de tels réservoirs parce qu’on n’y créerait pas de centrales hydroélectriques.

Le lac Kénogami a débordé lors des pluies diluviennes. Les barrages de tête Portage-des-Roches et Pibrac n’ont pu retenir l’énorme masse d’eau supplémentaire qui est tombée, entraînant un gonflement des deux rivières et provoquant, en aval, des dommages matériels de plusieurs centaines de millions de dollars.

Hydro-Québec a également songé à un canal de dérivation d’environ neuf kilomètres qui amènerait le surplus d’eau du lac Kénogami vers la rivière Saguenay ou le lac Saint-Jean mais cette hypothèse de travail a vite été écartée. «Ce canal ferait 80 mètres de largeur sur 4,5 mètres de profondeur», a ajouté le représentant de la société d’État.

Modèle à imiter

Au terme d’une longue intervention, hier, Hydro-Québec a proposé la création d’un comité multipartite décisionnel qui assurerait la gérance du lac Kénogami comme plan d’eau récréatif et bassin d’alimentation des deux rivières. La société pense que les municipalités riveraines et la direction régionale de la Sécurité civile devraient joindre les propriétaires des barrages dans la composition de ce comité.

La société ne cache pas sa fierté au sujet de son plan de gestion de la rivière Saint-Maurice, unique au Canada croit-elle, qu’elle souhaiterait voir appliquer au lac Kénogami et aux rivières qu’il alimente.. Du barrage Gouin à son embouchure, ce cours d’eau parcourt plus de 410 kilomètres. Le bassin versant, d’une superficie de 43 000 kilomètres carrés, comporte huit centrales, neuf réservoirs principaux et 18 aménagements auxiliaires. Tous ces ouvrages appartiennent à Hydro Québec.

Les émissaires de l’entreprise ont indiqué, hier, que toutes les zones inondables de la Saint-Maurice étaient connues des municipalités riveraines depuis plusieurs années. «Nous avons diffusé ces informations pour permettre aux élus municipaux de préparer des plans d’urgence adéquats et intégrer ces données à leur plan d’urbanisme», a noté M. Bérubé. Ces cartes ont également été mises à la disposition de la Protection civile.

Pareille collaboration doit sans doute faire rêver bien des citoyens du Saguenay.

Alcan rassurante

Par ailleurs, des représentants de la société Alcan sont venus affirmer, hier, qu’en aucun temps, ils n’avaient craint que l’eau ne vienne en contact avec le métal en fusion de l’usine Arvida, provoquant une explosion. Cette possibilité avait été évoquée dans le numéro d’octobre de la revue des ingénieurs québécois. Selon l’un des porte-parole de la société, M. Dominique Bouchard, une explosion peut se produire si l’eau est injectée directement dans le métal en fusion. «Si une inondation était survenue dans les installations d’Arvida, l’eau serait montée le long des cuves pour ensuite refroidir le métal en fusion», a précisé M. Bouchard.

Ayant appris qu’elle faisait partie des zones inondables, la société Alcan a décidé de gérer ce risque d’inondation. Elle a l’intention de construire des canaux de dérivation pour protéger ses installations.