Le Quotidien, Mercredi 3 Août 2005

– Françoise Gauthier

«C’est un dossier qui me fatigue»

JONQUIERE(FSTG)-La ministre du Tourisme et responsable de la région  Françoise Gauthier se montre catégorique, le lac Kénogami doit être  rendu aux plaisanciers- et à ses résidants  même si cela signifie diminuer certains privilèges qui avaient  été accordés par contrats entre Québec et des compagnies ayant
besoin de l’eau découlant de ce réservoir.

«Il s’agit d’un dossier qui me fatigue et qui nécessite maintenant des solutions à court et à long terme  dans une optique de développement durable. Ces pistes de solution seront prises dans le dossier, passent toutes par le partage de l’eau», a tranché la ministre, hier, au cours d’un entretien avec Le Quotidien.

Selon Françoise Gauthier, il faudra donc obligatoirement procéder à une redistribution des droits d’eau afin de satisfaire l’ensemble  des parties concernées, soit d’un côté les riverains du lac Kénogami et de l’autres les industries qui ont besoin de cette ressource pour fonctionner. Dans ce dilemme, la ministre  accorde la priorité aux résidants.  «Notre but consiste à redonner le lac à ses usagers récréatifs. Nous souhaitons même allonger la pério­de de temps pendant laquelle il est accessible et profitable», assure la ministre du Tourisme. Mme Gauthier croit que le moment pour adapter le mode de gestion des eaux du lac s’avère idéal, alors que le bail liant Elkem Métal et le gouvernement vient à échéance en décembre prochain.

Ce bail garantit en effet à la com­pagnie Chicoutimienne un débit d’eau minimal lui permettant de produire une partie de son électri­cité et de suffire à ses impératifs de production. Il apparaît désormais que Québec désire réduire à tout le moins en partie le niveau d’eau qui serait assuré à la compagnie.

«Le bail venant à échéance, nous pourrons négocier et établir un nouveau mode de gestion avec les partenaires impliqués. Nous avons une occasion en or de le faire. Si nous décidons de diminuer le débit que nous accordons à ces entrepri­ses, celles-ci pourraient se tourner vers d’autres sources d’approvi­sionnement en électricité, comme Alcan le fait déjà», explique Fran­çoise Gauthier.

Consultations

Qu’importe les décisions qui seront prises dans le dossier, la ministre affirme que des consulta­tions vont être tenues afin que tant les résidants du lac, que les entreprises et les élus locaux puissent intervenir dans le débat et le régler fois pour toute.

«Nous devons et nous allons consulter les intervenants. Je sais que le maire de Saguenay a fait des démarches auprès des fonctionnai­res pour faire valoir son point de vue sur la question.Je sais aussi que Saguenay, qui se trouve en proces-sus pour se faire céder deux barra-ges, aura également besoin d’un certain débit d’eau. Il faudra pren­dre cela en compte», mentionne Mme Gauthier.

De manière préliminaire, la ministre laisse toutefois entendre qu’un niveau de 113,5 pieds pourrait s’avérer une cible adéquate. Actuellement, ce niveau s’établit à moins de 112,7 pieds, ce qui est nettement insuffisant pour assurer la pleine jouissance du lac Kénoga­mi. «A 113,5 pieds, je crois que tous les utilisateurs de l’eau de ce plan d’eau trouveraient leur compte. C’est une statistique que je visais lorsque j’étais mairesse de Laterrière», relate Françoise Gauthier.

Barrage

Finalement, la ministre du Tourisme et responsable de la région­ écarte du revers de la main l’idée que l’absence d’un ouvrage de retenu dans la Réserve faunique des Laurentides soit à l’origine des problèmes de gestion rencontrés depuis 1996 au lac Kénogami. Selon elle, l’abandon du projet de barrage sur la Pikauba n’entraîne pas de conséquences majeurs ni pour la sécurités des riverains du lac ni pour ses utilisateurs indus­triels. Ce sont plutôt des raisons géographiques et climatiques qui causent tous les maux éprouvés présentement.